Exercice chorégraphique

Lorsqu’il a été question dans le cadre des compétitions de Ballets sur glace, de créer une épreuve comportant des éléments techniques obligatoires, une réflexion a été menée sur le choix de ces éléments; il s’est alors avéré que le langage commun, à toutes les formations, aussi bien de danseurs sur glace que de patineurs artistiques, était le langage chorégraphique .

Ce constat a motivé le choix de faire réaliser pour cette épreuve, un exercice chorégraphique avec utilisation obligatoire d’éléments de technique chorégraphique déterminés en début de saison .

Ainsi devraient être retenus chaque année pour cet exercice :

  • un thème
  • un procédé chorégraphique
  • une thématique gestuelle

Ceci nécessite, sans doute, que soient rappelés les fondamentaux du langage chorégraphique.

 

Le présent document a pour but de permettre à tous de se préparer à cette nouvelle épreuve de notre discipline dans les meilleures conditions possibles . Il aborde successivement les notions de thème, de procédés chorégraphiques, de gestuelle et enfin l’application de ces fondamentaux à l’exercice chorégraphique.

 

QU’EST CE QUE LA CHORÉGRAPHIE ?

Le dictionnaire la définit comme l’art de composer des ballets .

 

Cette pratique de composition suppose une connaissance de la technique chorégraphique et l’emploi d’un certain nombre d’outils propres à l’art de la danse.

 

Pour ce qui est du fond, la réalisation d’un ballet nécessite le choix d’un thème . Puis, la mise en forme suppose ensuite l’emploi de procédés chorégraphiques et le développement de thématiques gestuelles .

 

LE THEME

Le thème est en quelque sorte la motivation du ballet . Il peut être narratif ou au contraire abstrait .

Dans le narratif le but est de raconter une histoire . Il faut cependant éviter d’être au 1er degré et donc retenir un parti pris pour ne pas tomber dans la lourdeur et ne pas s’enfermer dans un récit trop anecdotique .

De la même manière lors de la reprise de thèmes connus, il faut bien sûr éviter de se contenter de reproduire sur la glace une chorégraphie adaptée pour le ballet classique .

 

Dans l’abstrait le but est plutôt d’évoquer et de s’inscrire dans le symbolique; il faut amener le spectateur à ressentir une émotion à partir d’éléments qui sont le plus souvent de simples suggestions .

Il faut donner forme à l’imaginaire et convertir les images mentales en mouvements, répondre spontanément et corporellement aux mots.

 

LES PROCEDES CHOREGRAPHIQUES

Si le thème correspond à la motivation du ballet, les procédés chorégraphiques sont des outils techniques qui permettent la composition et le déroulement du ballet en terme de forme; ils permettent d’organiser les déplacements et les gestes des danseurs dans le cadre du travail des ensembles .

Effectivement les procédés chorégraphiques permettent de varier à l’infini les enchaînements et les relations dans un groupe de danseurs et entre les différents groupes .

On peut ainsi faire appel, par exemple, au contraste, au contrepoint, à la répétition, à l’imitation, au canon ...

 

le contraste consiste à créer des oppositions dans un but de mise en valeur; les oppositions réalisées peuvent être de nature gestuelle, rythmique, directionnelle etc. le but étant la mise en valeur par des aspects opposés, de certains éléments de la chorégraphie .

 

le contrepoint consiste à composer dans le même temps des enchaînements différents : faire ensemble différemment sur une même phase musicale ou sonore .

 

la répétition correspond au fait pour un danseur de reprendre plusieurs fois le même motif chorégraphique; cette répétition peut être immédiate ou au contraire décalée dans le temps avec des reprises de motifs dans le cours du ballet .

 

le canon est une répétition du même motif par différents danseurs qui l’exécutent les uns à la suite des autres et avec un pas de succession régulier

 

la cascade : effet produit à partir d’un seul mouvement exécuté successivement par plusieurs patineurs de façon décalée

 

l’imitation correspond à l’exécution simultanée du même motif chorégraphique par plusieurs danseurs ou groupes de danseurs.

 

le miroir est une imitation en symétrie.

 

le chorus mouvement d’ensemble exécuté par toute l’équipe en même temps

 

l’amplification ou la diminution sont des variantes de répétition : l’amplification consiste à répéter plusieurs fois un motif chorégraphique en amplifiant au fur et à mesure une ou plusieurs de ses caractéristiques. De la même manière, la diminution consiste à atténuer certains aspects d’un enchaînement chorégraphique lors de ses répétitions successives .

 

la transposition transposer un mouvement réalisé debout dans l’espace bas . un geste conduit par le coude à un geste conduit par le genou. un mouvement d’une énergie saccadée à un mouvement lent et continu .

 

l’accumulation : à un premier geste vient s’ajouter un deuxième, puis un troisième...

 

í’autoreverse :phrase répétée à l’envers (une phrase correspond à un mini enchaînement)

 

Il va de soi que ces procédés chorégraphiques ne sont pas exclusifs les uns des autres et qu’ils sont généralement tous utilisés dans le déroulement d’un ballet, avec le plus souvent superposition de plusieurs d’entre eux dans le même temps .

 

LA GESTUELLE

Dans la danse les gestes acquièrent une signification artistique; ils sont plus élaborés et signifiants que les gestes du quotidien et constituent un mode d’expression à part entière.

Chaque geste d’un danseur peut être caractérisé par sa forme, sa densité et sa nature; chacune de ces caractéristiques participant bien sûr à l’expression du geste .

 

la forme d’un geste correspond à son aspect visuel; on peut ainsi distinguer par exemple des gestes ronds, des gestes plutôt rectilignes, des gestes d’aspect brisé, des gestes symétriques ou asymétriques. L’ensemble du corps participe à l’aspect visuel d’une gestuelle .

 

la densité est liée à l’énergie mise dans le geste et l’on peut avoir ainsi des gestes plus ou moins lourds ou au contraire plus ou moins légers . L’utilisation du poids du corps est un élément essentiel du mouvement dansé.

 

la nature d’un geste correspond à son caractère et l’on peut avoir, selon ce critère, par exemple des gestes vifs, lents, liés, atténués, etc.. qui donnent une signification différente à la danse .

Ces axes de thématiques gestuelles orientent l’expression chorégraphique dans des directions variées et ceci peut être utilisé dans le cadre d’un exercice de chorégraphie. Par ailleurs, il y a lieu de jouer sur les composantes du mouvement (corps, espace, temps, énergie, mode de relation à l’autre ) pour construire par la stylisation une distanciation du réel .

Le but est de passer d’un ballet où l’attention du spectateur se perd à cause de gestes parasites et de l’imprécision des actions à un ballet où le spectateur retient son attention car chaque patineur assume sa présence dans le mouvement ainsi que dans la clarté de ses actions .

Ceci suppose :

une régulation du tonus musculaire pour effacer les tensions inutiles en supprimant les gestes parasites ( paroles, rires, relever les mèches de cheveux, tirer sur le tee-shirt...)

 

Une précision des trajets, des espaces occupés et des énergies mobilisées .

 

une écoute entre patineurs pour une meilleure coordination des actions .

APPLICATION " L’EXERCICE CHOREGRAPHIQUE

On voit bien maintenant comment à partir de ces 3 fondamentaux chorégraphiques que sont le thème, les procédés chorégraphiques et les thématiques gestuelles, peut être proposé la réalisation d’un exercice de chorégraphie qui permettra de comparer les équipes sur des éléments de langage technique commun .

Chaque formation devra réaliser son exercice chorégraphique en utilisant obligatoirement dans son déroulé, la thématique gestuelle et le procédé chorégraphique fixés pour la saison et en patinant sur le thème retenu .

 

Du moment qu’il est fait usage de ces éléments obligatoires, l’utilisation en parallèle d’autres gestuelles et d’autres procédés dans le montage de l’exercice est bien entendu possible et le chorégraphe garde toute latitude pour personnaliser cet exercice en fonction des qualités de ses patineurs.

Ainsi le thème pourra être traité selon le parti pris retenu par chaque chorégraphe. Dans cette liberté de traitement du thème devront apparaître obligatoirement dans le déroulement de l’exercice des effets de contraste et l’utilisation de gestes ronds.

De nouvelles perspectives chorégraphiques

Ballet sur Glace :

Son lieu est la Glace, où la glisse, avec son potentiel de vitesse et de légèreté, modifie l’utilisation de l’espace.

Sa technique est le Patinage, avec toutes les possibilités offertes par la Danse sur glace et le Patinage Artistique.

Son langage est la Chorégraphie, avec non seulement le travail gestuel individuel, la réflexion sur les relations entre thème et mouvement, l’exploration d’un univers sonore, mais également le travail des ensembles dans le cadre de la composition du ballet, avec l’utilisation de procédés chorégraphiques.

Quelle discipline mieux que le Ballet sur Glace offre de telles possibilités de création ?

Les spécificités de la glace, telles que glisse et modulation des vitesses de déplacement, transforment les possibilités de l’art chorégraphique. Au sol, la chorégraphie invente sans cesse. La Glace permet aux chorégraphes d’inventer de même, grâce à la glisse, des effets inaccessibles au sol.

Une bonne technique de patinage, essentielle pour les patineurs de ballet, est mise au service d’une création collective à visée artistique émotionnelle. Associée à l’écriture chorégraphique, elle permet de dépasser la seule perspective de virtuosité, et d’utiliser le patinage dans toutes ses dimensions.

L’application de règles chorégraphiques à des ensembles de patineurs permet effectivement d’envisager le développement d’un art chorégraphique sur glace et de s’orienter dans des directions jusqu’alors assez peu explorées en patinage.

Le Ballet sur Glace en est sans doute aux balbutiements par rapport aux Ballets au sol, mais les composantes propres à la glace, à rechercher et à valoriser, permettent de progresser plus avant. La création d’une épreuve d’Exercice chorégraphique a bien dirigé le Ballet dans ce sens.

Le Ballet sur glace souhaite valoriser la plupart des possibilités de la glisse, avec le souci constant d’intégrer la culture chorégraphique pour se développer comme un Patinage de groupe axé sur la recherche et l’esthétique.

 

Démarche suggérée pour la construction de l’Exercice Chorégraphique

 

Analyser les champs sémantiques de chacun des trois éléments imposés

Identifier les possibilités de liens entre les champs sémantiques de chacun de ces trois imposés.

Choisir un mode de traitement cohérent et équilibré entre les trois éléments imposés

En déduire le parti-pris chorégraphique de l’Exercice

 

Par exemple, pour les imposés de la saison 2001-2002 :

Révolution : industrielle, musicale, des planètes, historique, des mœurs, du temps, culturelle

Contraste. Ce qui peut être contrasté : les rôles, les gestes, la musique, les groupes, le style, l’espace, les déplacements

Arrondi. Ce qui peut être arrondi : toutes les parties du corps ; collectivement ou en groupes ; les formations dans l’espace ; les portés ; les pirouettes, Chenille, solidarité, force

  

Parti pris de thème : la place Tien Anh Men, en Chine. La photo de l’étudiant seul face au char .Un contre tous, musique/silence - Le contraste : seul contre tous

L’arrondi : le mouvement de la chenille

La cohérence / le lien : renforcés par la musique – roulement de tambour lourd et prenant, puis le silence

Espace, humain, émotions